Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 17:10

 

Les films de Bernard Launois me rappellent cette scène de « L'Aile ou la cuisse » où un patron de restaurant reproche à Louis de Funès d'avoir fait fermer son restaurant après une critique assassine. Il lui parle alors de son établissement, de sa cuisine et de combien il l'aimait ; « Mais c'était de la merde ! » rétorque alors de Funès. « Oui, lui dit-il alors, mais au moins c'est moi qui la faisait ». Bernard Launois, c'est un peu la même chose : il est conscient que ses films ne sont pas toujours à la hauteur de ce qu'il voulait mais peu importe, il voulait faire des films et il en a fait c'est tout ce qui compte.

Évidemment, on parle quand même du réalisateur de « Devil's Story » mais ce serait occulter le fait qu'il n'existe pas en ce bas monde de réalisateur complètement irrécupérable et Bernard Launois ne déroge pas à la règle, même si on ne peut pas dire que je vais vous parler d'un chef-d'oeuvre.

Affiche

Mon grand-père m'avait dit un jour que l'on mesure la qualité d'un Homme à sa capacité à s'entourer, dans le cas de Bernard Launois, il lui est arrivé de tourner avec quelques acteurs professionnels (et renommés). Avant « Devil's Story », il tourna notamment une comédie intitulée « Sacrés Gendarmes », où il avait réussi à embaucher quelques acteurs de renom comme Jacques Balutin, Daniel Prévost, Robert Castel et Sim. Il faut croire que le courant avec ce dernier est plutôt bien passé puisqu'il s'embarqua avec lui pour un second film : « Touch' pas à mon biniou ».

 

vlcsnap-00006

Selon Sim, qui parlait volontiers de cette expérience, le film devait s'appeler à l'origine « Bas les pattes de ma cornemuse ». Il parvint à convaincre le réalisateur que le titre n'était peut-être pas si bien trouvé que çà. C'est ainsi que Bernard Launois changea le nom de son film pour l'appeler « Touch'pas à mon biniou ».

 

Pline l'Ancien disait qu'il n'existait pas un œuvre, même la plus mauvaise, qui ne comporte un bon passage, une idée intéressante. Dans « Touch' pas à mon biniou » l'élément à sauver, c'est l'idée de départ. Tout commence dans une ville indéterminée que l'on soupçonne être en Bretagne. Le héros, Gaëtan, est une espèce de bon à rien, un gringalet vivant essentiellement aux crochets de sa femme, « Madame Kelouette » qui tient d'une main de fer l'hôtel restaurant local. Sans le sous, Gaëtan cherche alors à récolter, par divers moyens, suffisamment d'argent pour se rendre à la finale du championnat de France de belote, argent qu'il cache... dans son biniou.

Or, il se trouve qu'un car entier de touristes vient de s'arrêter dans l'hôtel, l'occasion idéale de se faire quelques sous.

 

vlcsnap-00015

Les cuisines de la pension Kerlouette où le chef se contente d'ouvrir des boîtes de conserves. Pour être sûr que nous ayons bien saisi le sel de la situation, nous aurons droit à plusieurs reprises à cette scène.

 

Sur le papier c'est sympa non ? En plus, on a Sim et Henri Génès, ce ne sont pas d'immenses stars mais ce sont des acteurs comiques solides. Mais voilà il y a le reste.

Le reste c'est d'abord les acteurs qui les entourent. Il y en a qui font correctement leur travail, certes, mais d'autres donnent tout au long du film le sentiment de ne pas réellement savoir ce qu'ils font. Je pense notamment à la femme de chambre de l'hôtel, qui réussit à torpiller le maigre potentiel comique de chacune de ses scènes. On ne peut pas foncièrement dire que ce qu'elle ait à jouer soit génial mais en plus elle le fait en annonant son texte d'un ton qui se veut impertinent mais qui n'est que monocorde.

 

vlcsnap-00016

En fait, il y a deux actrices en gros manque d'inspiration dans ce film: la femme de chambre...

vlcsnap-00018

...et la chauffeuse du car. A leur décharge, leurs personnages sont suffisamment caricaturaux pour ne pas être crédibles à la base.

 

Et s'il n'y avait que çà... après tout ce n'est qu'un personnage secondaire. Le gros soucis c'est que pour faire une bonne comédie, il faut de bons comédiens, un scénario intéressant et... ?

Ben oui, « des gags » !

Il y en a, bien sûr, et Bernard Launois en semble fier, très fier, trop fier oserait-je dire. Comprenez par là que ses gags ont la mauvais habitude de s'étirer en longueur. C'est un peu comme ces mauvaises blagues que l'on vous raconte en fin de soirées, le genre qui durent dix minutes et qui ne vous arrachent qu'un sourire à la fin : en dix secondes on sait que ce sera raté.

 

vlcsnap-00017

Dans la catégorie "que viennent-ils faire dans cette galère", voici Henri Génès dans le rôle de Riton, une espèce de gros beauf méridional doublé d'un dragueur lourdingue.

 

L'exemple qui marque tout spectateur c'est la scène du triporteur. Pour vous résumer la situation, Gaétan se retrouve dans le triporteur de son meilleur ami, Gus, pour aller épier deux jeunes femmes qui passent leurs vacances à proximité. Celles-ci auraient la particularité de se baigner dans leur piscine dans le plus simple appareil, ce qui, pour tour libidineux comme Gaétan ressemble à une aubaine. Rassurez-vous le Brocoli est un blog tout publics et la définition de « se baigner à poil dans sa piscine » dans ce film se limite à « barboter en chemise dans une espèce d'étang carré dont on ne voit pas le fond ».

 

vlcsnap-00026

Caméo de Bernard Launois, dans le rôle d'un chef d'entreprise bègue.

 

Résumons donc la situation : Sim est un marin d'eau sèche qui se planque dans un triporteur au bord d'une piscine. Dans toute bonne comédie, le triporteur finirait à l'eau, et bien figurez-vous que là aussi ! La seule différence étant qu'ici, cette scène dure près de dix minutes, cinq pendant lesquelles le véhicule tourne en rond avant de tomber à l'eau et cinq pendant lesquelles Sim se mettra à glapir qu'il ne sait pas nager. Et croyez-moi c'est long.

vlcsnap-00024

vlcsnap-00025

Pour des raisons physiques difficiles à expliquer, le triporteur, pourtant metallique, flottera pendant toute la scène et restera totalement immobile. C'est un détail, certes, mais c'est suffisant pour vous intriguer un long moment.

 

En un mot comme en cent, « Touch' pas à mon biniou » aurait pu être une bonne comédie si elle avait reposé sur plus de deux ou trois idées et sur quelques gags réussis. Malheureusement, et j'en avais déjà eu un aperçu avec « Devil's Story », Bernard Launois est un véritable champion pour ce qui est de « tirer sur la pellicule » comme il le dit si bien. Résultat, on se retrouve avec un film d'une heure vingt qui, avec un réalisateur conventionnel n'aurait pas duré plus de trente minutes.

vlcsnap-00019

La scène la plus drôle du film voit Sim tenter d'interpréter "Plaisir d'amour" à la cornemuse. Notez que cela n'empêche pas cette scène d'être bien trop longue.

Pour l'anecdote, Sim reprendra ce sketch quelques années plus tard dans une émission télévisée des "Grosses Têtes".

 

Autre effet secondaire, vous n'entendrez plus jamais de cornemuse sans penser à Sim!

 

 

Fiche technique:

Titre alternatif: Gueules de Vacances

Pays: France

Année: 1980

Durée: 1h23 

Genre: Le triporteur de Fécamp. 

 

P.S.: Comme tu l'as compris lecteur, on ne peut pas dire que ce film m'ait emballé. Maintenant, il se peut que tu ne sois pas difficile au niveau humour, ou tout simplement que tu sois curieux. Une précaution, alors, avant de courir à la Fnac (ou dans tout autre grand magasin qui vend des dvds), c'est un dvd avec ce visuel qui te faudra chercher:

DVD

Pour des raisons que j'ignore c'est sous ce visuel assez hideux que le film est aujourd'hui commercialisé. Quant au titre, il est encore plus étrange que l'original.

Par Antohn - Publié dans : Kitscheries et séries Z
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 22 avril 2012 7 22 /04 /Avr /2012 10:06

 

Pour un insomniaque dans mon genre, un type qui dort comme un bébé (comprenez par là que je me réveille toutes les deux heures que que je met trois plombes à me rendormir), on ne peut pas foncièrement dire que ne pas avoir régulièrement son quota d'heures de sommeil soit quelque-chose de bénéfique. Cette insomnie chronique me sert toutefois, une fois par an, quand je participe à ce qui est devenu pour moi un rendez-vous habituel, et l'un de ceux que je ne manquerais pour rien au Monde, à savoir la Nuit Excentrique de la Cinémathèque Française.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas le principe, disons qu'il s'agit d'une nuit thématique comme la Cinémathèque en fait parfois, réalisée en collaboration avec le site nanarland.com, où environ quatre-cent malades (dont votre serviteur) s'enferment pendant une nuit entière pour s'enfiler un condensé de ce que le cinéma peut nous offrir de plus raté, de plus idiot, de plus improbable, voire les trois en même temps.

Non on dort pas cette nuit-là, et vu ce qui se passe sur l'écran ce serait difficile.

 

Affiche.jpg

 

C'est ainsi que vers quatre heures du matin, j’assistai à la projection sur grand écran de ce qui devait être l'une des expériences les plus marquantes de ma carrière de cinéphage, « Le Führer en Folie ». Ne vous fiez pas à ces airs innocents de bonne grosse comédie franchouillarde, ne vous fiez pas à la présence de Michel Galabru et Georges de Caunes au générique, ne considérez pas que la présence d'Henri Tisot dans le rôle principal soit un gage de respectabilité (vu qu'il a été en classe avec ma grand-mère il ne peut qu'être un homme respectable), « Le Führer en folie » est à la comédie ce que « Devil's Story » est au film d'horreur, ce que « Starcrash » est à la science-fiction : le genre de film pour lequel le Monde n'est pas près et dont le visionnage nécessite un certain entraînement ainsi que des neurones en titane.

 

vlcsnap-2012-04-21-11h42m19s165

 

Pourtant, il y avait des signes avant coureurs : le films avait fait scandale au moment de sa sortie (des associations d'anciens résistants ont tenté de le faire interdire) et on ne peut pas foncièrement dire que Philippe Clair soit un modèle en matière de comédies glacées et sophistiquées, celui-ci ayant quand même laissé au public des œuvres aussi recherchées que « Le grand fanfaron et le petit connard », « Par où t'es entré on t'a pas vu sortir », « Rodriguez au pays des merguez » ou encore « Si t'as besoin de rien fait moi signe ». On me rétorquera que Philippe Clair est un juif pied-noir qui était enfant pendant la Seconde Guerre Mondiale et qui a donc dû très mal vivre cette période, que « Le Führer en Folie » fut sa façon à lui de régler ses compte avec le nazisme.

Dans un sens, il règle ses comptes avec le nazisme avec ce film, il est juste dommage qu'il en profite également pour régler ses comptes avec le reste de l'Humanité.

 

vlcsnap-2012-04-21-11h44m55s204

"Rien à déclarer ?

-JA !! LA GUERRRE !!!"

 

Jugez plutôt : tout commence dans un studio de télévision, où Georges de Caunes reçoit dans une de ces émissions culturelles où l'on parle de livres que personne n'a le temps de lire, un auteur suisse allemand, monsieur Achtung, joué par Michel Galabru, tentant vainement d'imiter l'accent germanique, avant d'abandonner en cours de route. Ce monsieur Achtung exerçait pendant la Guerre la noble profession d'arbitre de football et vient de sortir ses mémoires, intitulées « Le Führer footballeur». Quel rapport me direz-vous ? Et bien il semble que, sans nous prévenir, le film nous ait transposé dans une sorte d'univers parallèle où toutes les batailles de la Seconde Guerre Mondiale sont remplacées par des matchs de football.

 

vlcsnap-2012-04-21-11h44m44s87

 

Flash-back : nous sommes en 1940, après l'invasion de la Pologne et juste avant la Débâcle. L'équipe de France s'entraîne dur, d'autant plus dur que c'est Pierre Doris qui leur sert d'entraîneur. L'exercice ne se fait pourtant pas sans danger puisque les stukas ont repéré leur camp d’entraînement et les bombardent, dans une tentative (scandaleuse, convenons-en) de saborder la préparation de l'équipe. L'armée française avait bien prévu des canons de DCA mais elle avait eu l'idée douteuse d'en confier la manipulation aux soldats Toto, Harry et Johnny (joués respectivement par Patrick Topaloff, Luis Rego et Maurice Risch), qui pensaient davantage pendant l'attaque à se faire bronzer en écoutant Duke Ellington qu'à essayer de sauver les miches de leurs petits camarades.

Ça, dans une comédie comme dans la vraie vie çà vaut un coup de pied au cul. Les trois zigotos sont envoyés en mission suicide en territoire ennemi avec des ordres assez simples : trouver Hitler et le tuer.

 

vlcsnap-2012-04-21-11h45m34s73

Un lecteur observateur aura constaté que, pour un film sensé se dérouler en 1940, les acteurs principaux arborent des vêtements et des coupes de cheveux typiques des années 70.

 

C'est alors que ce qui n'était pour le moment qu'une comédie potache, une farce à prendre au second degrés, un machin pas bien léger mais sympathique vire alors dans une espèce de maelström gloubibougesque, une espèce de chose informe qu'une bonne partie des spectateurs présents lors de la projection a résumé en ces termes : « C'est quoi ce bordel ? ».

Parce qu'Hitler, ils finissent par le trouver, assez rapidement d'ailleurs car dans le monde merveilleux de Philippe Clair, Hitler se balade sur la ligne de front en prenant part à la moindre patrouille.

 

 

 

 

Comme l'a dit plus tard mon voisin de fauteuil : ce que l'on pense être à ce moment l'écoutille d'un tank qui s'ouvre pour laisser passer Hitler, ce sont en fait les portes des Enfer qui s'entrouvrent pour vomir leur monstruosité. Car un nouvel élément fait son apparition dans ce film.

Henri Tisot.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, Henri Tisot était alors un acteur, ancien pensionnaire de la Comédie française tout de même, connu essentiellement pour ses disques où il imitait le général de Gaulle avec un réalisme confondant. Mis au chômage technique par la mort du Général, il continua sa carrières dans diverses comédies avant de tomber dans une transe mystique et de mourir, d'une crise cardiaque le 6 août 2011 dans la villa de Sanary sur Mer où il vivait reclus et qu'il avait baptisée « Le Petit Collombey ».

 

vlcsnap-2012-04-21-11h56m09s17

 

Ici, donc, Henri Tisot joue Hitler, dans ce que peut appeler un rôle à contre-emploi. Il essaie bien de l'imiter mais la subtile différence entre « imitation » et « caricature » semble lui échapper totalement tant son interprétation d'Hitler peut se résumer en un verbe : hurler. Que dis-je « hurler » ? « Beugler », « Vagir », « Éructer » seraient des termes plus appropriés. Vous voyez les nazis dans les films de guerre traditionnels, ceux qui parlent « avek ein betite axent kommeuh za » et qui balancent des ordres en yaourt qu'ils finissent toujours par « schnell ! » ? Ben multipliez-çà par dix et vous avez une idée du jeu d'Henri Tisot dans ce film. J'en ai vu des acteurs qui jouent mal et qui cabotinent mais, croyez-moi, Henri Tisot fait plus que mal jouer, il réussit à rendre son Hitler encore plus haïssable que l'original !

 

vlcsnap-2012-04-21-11h59m23s174

 

Quoi qu'il en soit, donc, les trois zigs tombent sur Hitler qui les fait prisonniers et s'apprête à les fusiller, non sans avoir permis à un prêtre pied-noir de leur donner l'extrême onction. Ce détail est important dans la mesure où le curé en question, le père de Baden l'Oued, est joué par Philippe Clair lui-même, qui se réservait toujours un rôle dans ses comédies et appréciait tout particulièrement le gag du curé pied-noir, dans la mesure où il s'en sert plusieurs fois dans ses films.

Suite à une astuce scénaristique (comprenez par là, un gag pas drôle qui marche dans un Tex Avery mais moins dans un film), Toto, Johnny et Harry s'en sortent, avant qu'Adolf ne les gracie, notant la ressemblance de l'un d'entre eux avec un célèbre joueur de foot.

 

vlcsnap-2012-04-21-11h46m18s28

vlcsnap-2012-04-21-11h46m25s74

Phillipe Clair, figure des comédies gagesques des années 70, connu essentiellement pour avoir réalisé le premier films des Charlots ("La grande java"), et estimer qu'ils lui doivent tout. Il tourna ensuite avec l'équivalent italien des Charlots, les Tontos (ex-Brutos) parmi lesquels officiait un certain Aldo Maccione qui devint un de ses acteurs fétiches.

 

L'espèce d'empathie que nous avons instinctivement pour les héros des films nous amène alors à pousser un soupir de soulagement. Soupir rapidement ravalé lorsque l'on se rend compte de ce que cela signifie.

Non seulement cela signifie que le film continue.

Que si le film continue, on va continuer à subir les aboiements d'Adolf-Tisot.

Et que si le film nous emmène au quartier général d'Hitler c'est que le pire est à prévoir.

 

vlcsnap-2012-04-21-11h58m26s141

Et je ne parle pas que du papier peint.

 

Et le pire arrive. On pensait avoir tout vu, tout entendu, tout prévu, c'était compter sans un petit détail auquel on pense peu à quatre heures du matin : qui dit Hitler dit Eva Braun.

Et c'est ainsi qu'avec la délicatesse d'une tornade traversant le Kansas, Philippe Clair nous présente sa version d'Eva Braun.

Et sa version d'Eva Braun c'est Alice Sapritch.

 

vlcsnap-2012-04-21-11h56m59s9

 

Ne me faites dire ce que je n'ai pas écrit, Alice Sapritch est une excellente actrice. Elle était simplement comme Michel Galabru : elle tournait dans n'importe quoi pour pas cher et ses choix de carrière ont petit à petit détruit sa crédibilité. Et ce n'est pas le « Führer en folie » qui allait changer les choses, d'autant plus qu'au moment de sa sortie, c'est à elle qu’incombât la lourde tâche de défendre le film, en utilisant les arguments qu'elle pouvait. Elle expliquât, par exemple, que « après ce film les dictateurs craindrons que l'on se moque d'eux ».

Ce qui est sûr c'est que voir à 5h du matin Alice Sapritch débouler sur un panzer rose bonbon en poursuivant Maurice Risch et Luis Rego en hurlant, ça vaut pas mal d'armes de destruction massive.

 

vlcsnap-2012-04-21-12h00m32s96

 

Ce qui rend « Le Führer en Folie » particulièrement redoutable c'est aussi le fait qu'il se déroule sur un rythme effrénée, une espèce de fuite en avant dont l'acmé est le match de football sur terrain vague neutre, occasion pour nous de revoir Michel Galabru (dont l'accent germanique ne s'arrange pas). Comme c'était à craindre, ce match ne ressemble absolument pas à un match normal : oubliez les règles, bientôt vous ne vous souviendrez plus de les avoir connues.

 

vlcsnap-2012-04-21-12h03m22s1

 

Vous ne saurez plus non plus qui était Hitler et où se situe l'Allemagne, vous vous demanderez quels sont ces étranges êtres rosâtres qui s'agitent et glapissent, vous vous demanderez si c'est bien dans un fauteuil que vous êtes et non dans les abîmes chthoniennes aux limites insondables dont l'Homme ne peut appréhender les splendeurs sans perdre la raison et où il est possible de trouver un plombier après 22h.

En d'autre termes : vous sentez que vos quatre dernières neurones sont en train de creuser façon Daltons dans votre boîte crânienne, à la recherche de la sortie et ce n'est pas la scène finale et le carton nous promettant une suite qui leur donnera envie de repartir dans le chemin inverse.

 

vlcsnap-2012-04-21-12h05m16s121

Et cà ca les encouragera à creuser plus vite.

 

Chaque film nous apporte ses enseignements et celui du « Führer en Folie » serait « Les seventies c'était si bien que çà finalement ».

 

Fiche technique:

Réalisateur: Philippe Clair

Pays: France

Année: 1974

Durée: 1h35

Genre: Puisqu'on vous dit que les stades sont mal fréquentés!

Par Antohn - Publié dans : Kitscheries et séries Z
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 8 avril 2012 7 08 /04 /Avr /2012 21:18

 

Dès qu'il a pris conscience de la fin de son existence personnelle, l'Homme a pris conscience aussi de la fin de son existence en tant qu'espèce et a souvent cru sa fin prochaine. Si je vous dit çà, c'est bien sûr parce que cette bonne année 2012 est considérée par certains comme la dernière de notre bonne vieille planète. Je ne vais pas vous ressasser l'actualité, même la plus récente, mais on ne peut dire que les signaux soient au vert et que nous semblons nous diriger vers notre perte, à plus ou moins long terme (ça fait 5000 ans qu'on court à notre perte).

Donc, la mauvaise nouvelle, c'est qu'on va tous crever.

La bonne nouvelle, lecteurs, c'est que la fin n'est pas pour tout de suite, vous pouvez annuler le jour de congé que vous avez pris le 21 décembre (au cas où!) et voir l'avenir proche de façon radieuse.

Car si l'on en croit Bruno Mattei, l 'Apocalypse n'aura lieu qu'en 2015.

 

Rats de Manhattan affiche

 

Ce qui est bien avec les films post-apocalyptiques, c'est qu'il n'y a pas besoin d'avoir un talent fou pour les réussir. La récette est à la porté de n'importe qui, pour peu que vous ayez une caméra et une bande de copains plus ou moins bénévole. Il vous faut trouver, tout d'abord, un terrain vague , une ancienne carrière de craie fera l'affaire. Il vous faut ensuite des costumes, idéalement, essayez de trouver quelques vieilles armures de football américain mais de simples vieux blousons en cuir peuvent aussi faire l'affaire. Quant aux véhicules, les moindres guimbardes défoncées sans pare-brise, feront de parfaites montures de l'Apocalypse, et si en plus vous avez deux ou trois motos, ce sera parfait.

Vous êtes parés vous pouvez commencer !

 

vlcsnap-2012-04-08-21h26m41s115

 

Vous dites ? « Un scénario ? » Oui... évidemment... Ben on a qu'à dire que les russes et les américains se sont fichus sur la tronche une bonne fois pour toute, que de jolies bombinettes qui font des gros trous ont ravagé la surface du globe et que seuls ont survécu les scorpions et les bikers. Reste à se démarquer de la concurrence en y ajoutant un élément original. Et là l'élément original, ce sont des rats mutants, reprenant cette phrase célèbre d'Einstein : « si les rats avaient fait vingt kilos de plus, ils auraient dominé le Monde » (et j'ajouterais que j'en connaît deux ou trois qui auraient balisés).

 

vlcsnap-2012-04-08-21h26m04s4

Un charmant iguane qui, connaissant Bruno Mattei, a du être piqué à un quelconque documentaire animalier.

 

Tout commence donc quelques années après qu'une guerre nucléaire ait ravagé le Monde en 2015. Les rares survivants se sont réfugiés dans des bunkers et sont repartis de zéro (formant la deuxième humanité du titre). Certains d'entre eux, prenant conscience du fait que les autoroutes étaient pas mal dégagées maintenant, décidèrent de remonter à la surface pour jouer les aigles de la route au guidon de motos rutilantes (ou presque).

C'est donc une bande de motards qui va nous servir de héros, bande menée par un certain Kurt, et dont l'un des seuls buts dans la vie, outre jouer les terreurs, semble être de chercher de la nourriture.

 

vlcsnap-2012-04-08-21h29m49s197

Un Kurt qui se ballade dans un New York post-apocalyptique... Il y a des gens qui connaissent leurs classiques.

 

Au cours de l'une de leurs chevauchées sauvages, nos joyeux drilles débarquent dans une ville aux faux airs de quartier populaire de Milan et que des titreurs facétieux essaient de nous faire passer pour Manhattan. Pénétrant dans une maisonnette, quelle n'est pas leur surprise de découvrir... de la bouffe !

Bon, en fait ce ne sont que des rats mais dans un monde post-apocalyptique, on se contente de ce qu'on peut, d'autant plus qu'il y en a des cohortes dans cette bicoque.

 

vlcsnap-2012-04-08-21h29m58s34

 

Et puis de la nourriture, de la vraie, ils finissent par en trouver quand même, périmée depuis 50 ans certes mais, vu les circonstances, on ne va pas faire la fine bouche. On va d'autant moins faire la fine bouche que les espèces de pieds nickelés qui servent de personnages principaux vont commencer par... faire une bataille de bouffe comme dans une cantine d'école primaire. Einstein (encore lui!) disait que, s'il avait su que les Hommes utiliserait ses travaux pour créer la bombe atomique, il n'aurait jamais publié ses théories. Il aurait vu ce film, son seul regret n'aurait pas été d'avoir créé la bombe, mais plutôt de ne pas en avoir créé une plus grosse.

Et mention spéciale pour la seule membre noire du groupe, que des scénaristes ont décidé, avec une classe folle, de baptiser « Chocolat », et qui, couverte de farine, se met à sautiller en gloussant, « Je suis blanche ! Je suis blanche ! ».

 

vlcsnap-2012-04-08-21h30m49s28

 

La maison n'en a pas fini, pourtant, de dévoiler ses surprises. La première c'est un magnifique cadavre putréfié et bouffé par les rats retrouvé sous les couverture d'un lit. La seconde c'est une espèce d'énorme ordinateur (pardonnez moi, un « computeur » comme disent les personnages) qui est rapidement identifié comme « un jeu vidéo » par le geek-intello-hackeur de la bande, artistement appelé « Videogame ». Celui-ci remet l'engin en marche comme tout bon informaticien de pacotille : en enclenchant un à un tous les boutons et en tapotant partout comme un dingue... manipulation qui, dans la vie courante, ne peut amener qu'une série de bips et des messages d'erreur. Ici, l’ordinateur s'allume et se met à afficher des messages assez inquiétant du style « élimination du groupe » mais, comme le dit l'un des personnages, « c'était certainement pour les autres ».

 

vlcsnap-2012-04-08-21h32m19s161

 

En gros le décor est planté, la menace plane (en l'occurrence elle trottine plus qu'elle ne plane mais nous y reviendrons) et déjà, une bonne partie du casting nous horripile. Arrivent donc en scène les rats. Ces charmantes bestioles étaient enfermées dans un laboratoire secret situé sous la maison (d'où le computeur) et y ont proliféré, développant un intellect supérieur, mis au service d'un seul but : tuer (ou trouver de la nourriture, c'est l'Apocalypse pour tout le monde, après tout).

 

vlcsnap-2012-04-08-21h25m53s143

 

Un mot tout de même sur ces pauvres bêtes (je parle des rats, bien sûr) : ce sont probablement les meilleurs acteurs du film, ce qui ne veut pas dire grand chose, malheureusement, tant ceux-ci ressemblent davantage à de bon gros rats domestiques et bien nourris qu'à d'horribles bestioles homicides aux yeux injectés de sang. Voir un acteur se débattre en poussant des cris (sensément) horribles pendant qu'un accessoiriste, hors caméra, lui balance des rongeur terrorisés qui n'ont de cesse que vouloir se barrer est quand même relativement comique (et n'est pas sans rappeler Bela Lugosi se bagarrant avec une pieuvre dans « Bride of the Monster »).

 

vlcsnap-2012-04-08-21h36m25s56

 

Les rats sont nombreux, ils sont féroces et, donc, ils sont intelligents, au grand dam des personnages principaux qui passent une bonne partie du films a se répéter comme un leitmotiv qui ne peuvent se faire piéger par de vulgaires rongeurs, vu que c'est eux qui eux qui ont la plus grosse (cervelle). Et pourtant... .

Et pourtant, quand une bande d'écervelés vous expliquent qu'ils ne peuvent pas s'enfuir de cette ville parce que leurs motos sont sabotées (plutôt mourir que de s'enfuir à pieds... c'est une conception des choses), qu'ils se rendent compte qu'ils se barricadent dans un hangar en oubliant de prendre de l'eau (et en laissant une fenêtre ouverte), on se dit que la race humaine a joliment dégénéré en quelques siècles.

 

vlcsnap-2012-04-08-21h33m21s13

 

En gros, les figurants se font tuer les uns après les autres, les rats tentent, tant bien que mal, d'exister et se montrent meilleurs acteurs que certains humains et le scénario nous pousse gentiment mais sûrement vers la sortie tout en nous faisant comprendre que lui-même ne sait pas très bien où il va.

Le tout nous menant vers un twist final curieusement bien trouvé à défaut d'être original.

 

vlcsnap-2012-04-08-21h35m37s91

 

En définitive, ce film est une preuve supplémentaire que faire un film d'horreur ne nécessite pas uniquement un peu de sang et quelques hurlement. Si, reconnaissons-le, des rats mutants peuvent être une menace crédible (ils sont nombreux, ils sont intelligents, et à l'état naturel ce sont déjà de belles saletés), on ne peut pas foncièrement dire que le sujet soit bien traité, les quelques idées semblant avoir été épuisées au bout de dix minutes. Quand il n'y aura plus de place en enfer les morts iront sur Terre, quand il y aura plus de place dans les bunkers, les andouilles iront nourrir les rongeurs.

 

Fiche technique:

Titre original: Rats, Notte di Terrore

Réalisateur: Bruno Mattei (sous le pseudonyme de Vincent Dawn).

Pays: Italie

Année: 1984

Durée: 1h37

Genre: Rat-plaplat

Par Antohn - Publié dans : Kitscheries et séries Z
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 4 mars 2012 7 04 /03 /Mars /2012 10:18
Un extrait de la bande originale du film, composée par le musicien islandais Bardi Johansson lors de la réédition en DVD du film.
 

Je n'imaginais pas un jour écrire cela mais le film dont je vais vous parler aujourd'hui est un docu-fiction danois de 1922 consacré à la sorcellerie. Sans être un réel film d'horreur, « Häxan » (« Sorcières » en danois) passe pour être l'un des précurseurs du genre, au même titre que « Nosferatu » de Murnau. Si « Nosferatu » était une adaptation plus ou moins libre de « Dracula », « Häxan » se place donc, lui, sur le terrain du documentaire et a pour ambition de décrypter les mécanismes qui régissaient les chasses aux sorcières dans l'Europe médiévale. C'est à la fois l'occasion pour le réalisateur, Benjamin Christensen, de développer un univers fantasmagorique mais également de dénoncer l'hypocrisie du Monde et de donner une explication rationnelle à ce que l'on prenait autrefois pour de la sorcellerie.

Si vous voulez une image, imaginez qu'« Häxan » soit une sorte de mélange entre « Nosferatu » et « Intolérance » de Griffith. C'est une sorte de conférence filmée, transfigurée par la magie du cinéma. A bien des égards, ce film ressemble un peu à une dissertation en sept partie avec un plan sorbonnard en diable (haha!) : explication, justification, discussion.

 

haxan-poster.jpg

 

L'explication, c'est évidemment le fait de devoir se replacer ces histoires de sorcellerie dans le contexte de l'époque. Tout d'abord, il faut tenir compte du fait que le principal soucis de l'homme médiéval n'était, comme nous, l'emploi, le logement ou la sécurité, c'était d'assurer son salut, il ne vivait que pour arriver au Paradis. La vie était assez dure à l'époque mais le peuple la supportait grace à la certitude qu'ils accéderaient à une vie après la mort, que s'il se comportait bien il irait au Paradis, mal en Enfer (la notion de Purgatoire n’apparaît qu'à la Renaissance). Et l'Enfer tel que l'imaginais l'Homme du Moyen-Âge est assez différente de celle que nous avons vous et moi.

N.B.: Afin d'éviter toute ambiguité, mettons les choses au point: je parle ici de Moyen-Âge au sens large: les procès en sorcellerie ne sont pas spécifiques à cette époque. Simplement, les idées qui ont mené aux procès de l'Inquisition datent de cette époque.

 

vlcsnap-2012-01-28-10h00m29s229

 

Pour moi par, exemple, l'Enfer consisterait à me faire enfermer dans une convention d'éleveurs de yorkshires végétariens et fans de Michelle Torr, ce qui est déjà pénible. Pour l'Homme médiéval, c'est un vaste endroit où les pécheurs rôtissent vivants à la broche quand ils ne sont pas bouillis dans des chaudrons ou mâchouillés comme des chewing-gums par des bestioles avec des dents à des endroits où les gens normaux n'ont même pas d'endroits.

 

vlcsnap-2012-01-28-10h02m33s190

vlcsnap-2012-01-28-10h03m37s59

La première partie du film s'ouvre sur une mini-conférence, illustrée par des gravures d'époque.

 

Les gens croyaient à l'Enfer et au Paradis et pensaient que si l'on pouvait adorer Dieu, certains devaient adorer aussi le Diable et celui-ci devait lui aussi entendre les prières de ceux qui lui en adressaient. Une fois que l'on a compris cela, on comprends pourquoi l'Homme médiéval craignait les sorcières et s'était mis à les chasser. N'oublions pas non plus que les microbes n'existaient pas (enfin je veux dire.... vous avez compris) et que la moindre maladie ne pouvait venir que de forces qui nous dépassaient. Regardez la crise d'appendicite : aujourd’hui en deux jours c'est réglé, à l'époque c'était une maladie aux causes inconnues qui faisait à coup sûr mourir le malade dans des souffrances atroces. Comment ne pas croire alors que l'on avait jeté un sort ?

 

vlcsnap-2012-01-28-10h04m26s40

 

Ce qui nous amène donc à la justification : la chasse aux sorcières et le mécanisme implacable de l'Inquisition. S'il est vrai que lorsque l'on parle d'Inquisition c'est d'abord l'Inquisition espagnole qui nous vient à l'esprit. Toutefois, en Europe germanique, la chasse aux sorcières fut également féroce, je n'ai pas les dates précises pour le Danemark mais les persécutions se sont poursuivies en Allemagne jusqu’à la fin du XVIIe siècle et la dernière sorcière exécutée le fut en Pologne... en 1793. Pour ceux que cela intéresse la dernière loi anti-sorcellerie en Europe fut abrogée en Angleterre en 1959 : elle condamnait les météorologues au bûcher.

 

vlcsnap-2012-01-28-10h00m34s22

Benjamin Christensen, le réalisateur qui apparait sous deux aspects dans le film: ainsi dès le premier plan...

vlcsnap-2012-01-28-10h06m48s155

...et ainsi par la suite: c'est lui qui joue le diable.

 

Sous des dehors de chasse aux satanistes, les procès en sorcellerie avaient surtout pour but de se débarrasser des marginaux, de ceux dont la société voulait se débarrasser parce qu'ils gênaient. Ça ne date pas de cette époque et, l'Homme étant un animal social, il y a chez lui comme une sorte d'instinct qui le pousse à écarter de façon plus ou moins radicale quiconque ne rentre pas dans le moule. C'est pour cela que les premières victimes des chasses aux sorcières furent des marginaux et surtout des marginales : les historiens ne sont pas d'accord sur le nombre exacts de victimes des procès en sorcellerie, certains évoquent des millions de morts, d'autres évoquent le chiffre, plus raisonnable, de 200 000, mais la plupart sont d'accord sur un point : 80 à 90% des victimes étaient des femmes.

 

vlcsnap-2012-01-28-10h07m04s59

Ca c'est le genre de scènes qui firent interdire le film lors de sa sortie et que l'on pensa même à couper lors de la ressortie du film dans les années 60.

 

Il ne faisait donc pas bon être vieille et laide à l'époque : une rebouteuse qui vivait à l'écart d'un village et concoctait des potions à base d'ingrédients bizarroïdes et pas toujours catholiques pouvait assez rapidement être accusée de sorcellerie, surtout si elle se spécialisait dans les poisons ou autres potions abortives. Il suffisait d'un cataclysme, d'une épidémie, de mauvaises récoltes pour que très rapidement la rebouteuse soit accusée d'en être la cause. Ça permettait de donner l'illusion aux gens que leurs problèmes allaient se régler et l’Église justifiait ainsi les impôts qu'elle prélevaient.

S'il ne faisait pas bon être vieille et laide, il ne faisait pas bon non plus être jeune et belle. Le film évoque notamment ce sujet avec le cas d'un jeune moine tombant amoureux d'une jeune femme et qui en devient donc persuadé que celle-ci est une tentatrice venue le détourner du droit chemin.

 

vlcsnap-2012-01-28-10h08m23s73

L'une des sorcières est jouée par une actrice du nom de Maren Pedersen, repérée par Christensen alors qu'elle vendait des fleurs dans les rues. Elle disait également être la première infirmière de la Croix Rouge danoise.

Lors du tournage, elle vint voir Christensen et lui dit "Le Diable existe, je l'ai vu au pied de mon lit". Cette phrase l'a tellement marqué que Christensen l'inclut à la fin de son film comme preuve de la survivance des croyance occultes.

 

La sorcière garde dans l'imaginaire collectif l'image d'une vieille édentée volant sur son balai, il s'avère que la plupart des textes que nous ayons relatifs à des procès en sorcellerie visent essentiellement des femmes âgées d'une vingtaine d'années. Pourquoi me direz-vous ? Et bien pour deux raisons : la première étant que ces femmes devaient manifester des volontés d'indépendance qui devaient les rendre particulièrement suspectes. La seconde c'est que confondre une sorcière passait également par trouver sur elle la marque de la Bête, ce qui impliquait donc pour les inquisiteurs de... les dévêtir, hé oui ! Et ce n'est pas du mauvais esprit de ma part : on a retrouvé les mémoires d'un inquisiteur, Pierre de Lancre, qui décrit avec luxe de détails la beauté physique de ses victimes... qu'il envoyait ensuite au bûcher sans aucun état d'âme.

 

vlcsnap-2012-01-28-10h07m48s242

 

La chasse au sorcières telle que dépeinte dans Häxan peut donc se résumer en une phrase : Une église qui craint le Diable et qui se met au service d'un pouvoir laïc qui craint les femmes.

A cela, il faut aussi ajouter le fait que passaient pour « diablerie » ce qui n'était parfois que des cas pathologiques. Aujourd'hui, par exemple, nous savons que ce que l'on appelait autrefois autrefois « loups-garous » n'étaient que des gens atteint de porphyrisme ou d'hypertrychose.

De même, Häxan explique que ce qui était pris pour de la sorcellerie ou de la possession pouvait être des cas de somnambulisme ou encore d'hystérie (on vous parle de médecine des années 20, donc évidemment, c'est une médecine qui a vieilli). Coup de génie de Christensen, il fait jouer ces scènes modernes par les mêmes actrices qui jouaient les « sorcières » de la partie historique.

 

vlcsnap-2012-01-28-10h11m04s154

Un exemple, certains inquisiteurs rapportent que les sorcières étaient insensibles, là où le démon les avaient marquées et que c'était souvent dans le dos...

vlcsnap-2012-01-28-10h10m49s254

...or, dans les années 20, les médecins comptaient l'insensibilté dorsale comme l'un des symtomes de l'hystérie.

 

Ce que nos anciens appelaient « sorcellerie » n'est que la manifestation de croyances que l'on connaît encore aujourd'hui. Je me souviens qu'un jour, à la fac, un de mes professeurs, en nous parlant du rôle des ex-voto dans l'antiquité, s'était heurté à l'incrédulité de certains de mes condisciples. Il nous avait alors raconté que l'un de ses voisins exerçait la profession de marabout, que l'on pouvait penser ce que l'on voulait de l'efficacité de ces pratiques mais que les faits étaient là : son cabinet ne désemplissait jamais. Quelle différence il y-a-t-il vraiment entre le fait d'aller voir un rebouteux et un astrologue, quelle différence entre une sorcière et un marabout (mis à part que la sorcière n'accepte pas la carte bleue ?) ?

 

vlcsnap-2012-01-28-10h09m06s246

Le film nous montre également quelques appareils de torture utilisés par les inquisiteurs à l'époque. Je ne sais pas vous mais moi, il aurait suffit de me montrer ce truc en froncant les sourcils pour que j'avoue avoir tué Kennedy.

 

On dira, probablement à raison, que les films n'ayant pour autre but que de vous dire que l'intolérance et l'obscurantisme c'est pas bien ne servent pas à grand chose et n'ont jamais prêché que des convertis. Quoi qu'il en soit, certains ont le mérite d'être suffisamment bien faits pour masquer le fait qu'ils ne changent pas autant les choses qu'ils le voudraient et « Häxan » en fait partie. Projet ambitieux, très ambitieux même pour l'époque, « Häxan » est un film dont on peine à croire qu'il a réellement 80 ans tant il semble actuel par certains points. C'est une sorte de pierre fondatrice du cinéma tel que nous le connaissons. Il servait à divertir, il fit maintenant réfléchir.

 

Fiche technique:

Titre alternatif: La sorcellerie à travers les âges.

Réalisateur: Benjamin Christensen

Pays: Danemark/Suède

Année: 1922

Durée: 1h27

Genre: Chroniques de l'obscurantisme ordinaire.

 

 

Par Antohn - Publié dans : Cinéma
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 22 janvier 2012 7 22 /01 /Jan /2012 15:01

Je ne sais pas pourquoi mais le fait de parler « Starcrash » il y a quelques temps m'a donné envie de continuer à explorer mon coffre à nanars. Encore fallait-il en trouver un du même calibre et je vous avoue que le tri n'a pas été facile. Et puis l'un d'entre eux s'est petit à petit imposé et voici comment « Eaux Sauvages » eut l'honneur discutable de se retrouver sur le Brocoli. Contrairement à « Starcrash », pourtant, « Eaux Sauvages » n'est pas un space-opera plein d'effets spéciaux datés, de vaisseaux en plastique et d'actrices jouant mal, ce serait plutôt le genre d'expérience cinématographique  comme il en existe peu, le genre de films à ranger au côté de « Devil's Story » dans le panthéon de l'étrange.

 

affiche-eaux-sauvages.jpg

La jaquette de la VHS française, qui doit compter parmi les plus ignobles du genre.

 

Sur le papier, « Eaux Sauvages » n'avait pourtant pas grand-chose du nanar de compétition : une histoire de randonneurs, exterminés un à un par un mystérieux assassin pendant qu'ils descendent le Grand Canyon (prononcez « Grand Cannion ») en rafting, le tout jusqu'au dénouement final et après la mort d'une poignée de clichés sur patte. Bien filmé, il y aurait de quoi mettre en valeur la beauté de ces terres sauvages et opposer la grandeur de la nature à la barbarie des Hommes. Bien scénarisé et bien joué, il y aurait de quoi en faire un huis clos à ciel ouvert, une sorte de « Crime de l'Orient Express » au Colorado....
Seulement voilà, « Eaux Sauvages » n'est ni bien réalisé ni bien joué ni tout autre chose : ce n'est pas parce que vous avez une guitare que vous êtes Jimmy Hendrix, ce n'est pas parce que vous avez une caméra que vous êtes Fritz Lang. Et quand vous n'avez pas de scénario, vous ne mettez pas toutes les chances de votre côté.

 

vlcsnap-2012-01-04-19h08m17s78.jpg

A noter que le réalisateur, Paul W. Kener avait déjà réalisé un film, appelé "Wendigo" qui voyait un groupe d'explorateurs pourchasser une créature mythique. D'après ce que j'ai pu en entendre, il ne se passait pas non plus grand chose dans ce film-là.

 

Et oui c'est bien çà le problème du film, le scénario tient en trois lignes, ce qui n'est pas évident lorsque vous devez réaliser un film d'une heure trente. Alors que faire ? Et bien on suit le précepte de Bernard Launois et on tire à mort sur la pellicule. Les héros descendent le Grand Canyon, Et bien on va jouer à mort la carte de l'immersion, on commence par les voir arriver sur le lieu d'embarquement, puis on suit leur trajet jusque sur les rives, on les voit embarquer, on a même droit à un cours d'enfilage du gilet de sauvetage en temps réel. Un spectateur optimiste pourrait penser que le gilet de sauvetage aura une incidence quelconque sur le déroulement de l'intrigue, il n'en sera rien, la scène n'ayant pour autre utilité que de gagner cinq minutes. Tout événement, même (et surtout) anodin donne lieu à une scène, c'est à peine si on ne nous fais pas un plan-séquence à chaque fois qu'un personnage va pisser (à peine !).

 

vlcsnap-2012-01-04-19h09m40s143.jpg

 

Je serais mauvaise langue, j'irais même jusqu'à dire que ce film n'est qu'une version romancée des vacances du producteur mais ce serait injuste : tout aussi long et soporifique qu'il soit, « Eaux Sauvages » n'est pas un simple film. « Eaux Sauvages » est un film à message.
Oui vous m'entendez bien sous ses dehors de slasher bête et méchant se cache un film qui essaie de nous faire réfléchir. Vous me direz que d'ordinaire, les slashers ont un message, ne serait-ce que « c'est pas bien de tuer les gens » et « rien ne vaut un lance-flammes pour se débarrasser d'un cinglé ». Aussi étrange que cela puisse paraître, « Eaux Sauvages » est le premier (et le seul) slasher écolo du cinéma.

 

vlcsnap-2012-01-04-19h11m58s231.jpg

 

Quand je vous parle d'écologie, je ne vous parle pas de ces hypocrites qui crèvent les pneus des 4x4, font trente-sept signes de croix quand vous parlez de prendre des bains mais qui pour rien au Monde ne se priveraient de leurs sushis au thon rouge. Là, je vous parle de vrais écologistes, avec des cheveux gras et une vague odeur de patchouli, le genre qui partent en randonnée en faisant gaffe de ne pas déranger les brins d'herbes et laisser les cailloux là où ils sont. Des hippies, quoi, qui profitent du film pour nous exposer leur vision du monde à coup de longues tirades qui n'ont, pour certaines, d'autres utilités que de meubler. En témoigne une scène mémorable où l'un des guides  profite du petit déjeuner pour nous expliquer le principe du karma.

 

 

Je m'aperçoit que j'avais oublié de vous parler d'une chose mais par chance vous venez de vous en rendre compte : le doublage est absolument catastrophique. En gros, ils ne devaient pas être plus d'une demi-douzaine dans la cabine et, visiblement, ils n'avaient aucune idée de ce qu'ils allaient doubler. Cette tâche est, en plus, compliquée par le fait que, comme je vous le disais, les dialogues sont idiots et que le manque de doubleur les incite à changer de voix en fonction des personnages.
Quelques vidéos valant mieux qu'un long article, enjoy :

 

 

Vous l'aurez compris, écrire un article sur « Eaux Sauvages » tient de la gageure tant ce film est creux. Woody Allen disait « Dans l'industrie du cinéma, on fait quinze films avec une idée qui ne vaut pas un court métrage », et « Eaux Sauvages » en est la preuve. Il devait y avoir de la roche, il devait y avoir de l'eau et du sang, las, il n'y aura que du vent !

Fiche technique :
Titre original : Savage Water
Réalisateur : Paul W. Kener
Pays : Etats-Unis
Année : 1978
Genre : Rafting contemplatif

Par Antohn - Publié dans : Kitscheries et séries Z
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Le Brocoli qui twitte

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Népotisme

logoperles

Pendant que j'écris des bêtises, ma soeur fait des bijoux, et au niveau talent c'est elle qui a tout pris.

free counters

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés